Notre Sainte Jeanne d’Arc issue des colonies

Par Jerome Anrès, ancien colonel de l’armée de l’air, et ancien diplomate , auteur de plusieurs livres , Vécu  entre ciel et terre, Un écureuil nommé Noisette, Une Maman pour l’éternité et à paraître , L’ambassadeur de sa différence.

                                               

“Je suis moi-même mulâtre, fils d’un Provençal d’un chauvinisme hors du commun, administrateur colonial, maintenant décédé, et d’une princesse béninoise, férocement fière de ses origines. En somme un colon a épousé une colonisée. J’ai passé toute ma jeunesse dans le sud de la France et parlais alors cette langue chantante qu’est le Provençal. On m’appelait « le niston des îles » ! Aurais-je pu, dès lors, incarner Pagnol avec mon métissage et mes cheveux frisés ?

Voilà qui serait bien acrobatique et, sans aucun doute, politiquement incorrect, voire « sociétalement » incompréhensible, n’est-ce pas ? Mais rassurez-vous, mon cœur était celui d’un petit garçon bien français qui aimait sa Provence et restait fier de ses origines africaines auxquelles sont d’ailleurs mêlés du sang brésilien et déjà du sang français !

Ne serait-il pas, alors, opportun de se demander si la polyvalence des caractéristiques de celui qui doit incarner un symbole est le critère le plus approprié à la spécificité du symbole dont il s’agit ? En effet, cette polyvalence peut parfois porter atteinte à l’authenticité du symbole.

Notre charmante Jeanne d’Arc d’Orléans, choisie pour incarner cette Sainte Patronne de la France aux fêtes johanniques, a répondu à quatre critères bien précis pour être élue. L’exigence de ces conditions témoigne de la volonté de souligner l’authenticité de cette incarnation :

– Notre Jeanne d’Arc du XXIème siècle réside à Orléans. Voilà qui est territorialement correct.

– Elle est scolarisée dans un lycée d’Orléans. Voilà qui est historiquement audacieux. Notre Jeune-fille aurait dû, par souci de fidélité à l’incarnation que l’on souhaitait la plus authentique possible, être choisie parmi les analphabètes de la région.

– Elle est catholique. Voilà qui est exhaustivement conforme.

– Elle donne gratuitement du temps pour les autres. Voilà qui est moralement convenable. En effet, on ne pouvait trouver une guerrière de la foi, mais on a pu désigner une combattante de la charité.

– Elle est Française d’origine polonaise ; heureusement qu’elle n’est pas d’origine anglaise ! Quoi qu’il en soit, dans un cas comme dans l’autre, personne n’aurait remarqué cette particularité de notre pétillante jeune-fille qui, juchée sur son cheval, symbolise bien jusque-là, à un hiatus près, notre sainte héroïne nationale.

– Elle est d’origine béninoise. Ah, voilà une cousine mais voilà aussi une particularité qui, elle, se remarque et, de ce fait, soulève une certaine indignation quant à la fidélité au symbole.

Cette gentille jeune-fille n’y est, bien sûr, pour rien. En revanche,  ceux qui ont procédé à sa désignation, ont-ils été logiques dans le choix des critères ou, plus exactement, dans le nombre et la qualité des critères à choisir ? Ont-ils été homogènes dans l’action qu’ils ont menée en fonction du symbole qu’est Sainte Jeanne d’Arc et de l’incarnation qui doit en être faite ? La volonté des décideurs de synthétiser dans cet évènement une population française hétéroclite est légitime, voire même louable, mais alors il ne s’agit plus d’incarner un symbole mais de symboliser une idée sociétale, à mille lieux du symbole à incarner. Dans ce cas, ce choix peut être considéré comme partisan car les Asiatiques et les Indiens, physiquement bien typés, qui composent aussi notre population française, ne se reconnaissent pas en notre Jeanne d’Arc basanée.

D’aucuns pourraient alors déceler dans ce choix une certaine forme de provocation vis-à-vis de gens d’un certain bord dont je ne fais point partie, rassurez-vous. Si cette provocation vise à assouvir le complexe, devenu sociétal, concernant l’idée de bien montrer que nous intégrons tout le monde, elle souligne aussi la viscosité mentale de ces complexés dans leur façon de procéder. En effet, à propos d’intégration, il semble que ces derniers n’ont point intégré que la meilleure façon d’agir pour ce faire n’est pas forcément de mettre en exergue la différence de peau, en l’occurrence, qui ne conduit qu’à montrer davantage du doigt les intéressés.

Cet évènement suggère à quel point l’homme est capable de dénaturer les choses en usant d’amalgames au nom d’une bienséance aux critères fallacieux. En parodiant avec beaucoup de liberté les paroles de Jésus disant aux Pharisiens « Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu », l’on pourrait alors conseiller à ce genre de personnes de rendre à l’histoire de France ce qui l’identifie et à la disparité de la population française ce qui l’anoblit…

Si donc certains Bretons vivant à Johannesburg, car chacun sait que ces concitoyens sont éparpillés dans le monde entier, apprenaient qu’une commission française devait venir se joindre à une commission sud-africaine pour y nommer un digne représentant incarnant Nelson Mandela, qu’ils s’attendent à être l’objet d’une décision inattendue ! En effet, il ne peut être exclu que l’un d’eux soit choisi par la partie française pour incarner cette personnalité, à la grande surprise de la partie sud-africaine dont on ne s’étonnera pas de la stupéfaction !

Malgré ce que nous pourrions gentiment qualifier d’impair involontaire, ce qui procède du manque de jugeote, ou de maladresse volontaire, ce qui relève d’un esprit nocif, nous souhaitons bonne chevauchée à notre fringante Jeanne d’Arc et lui formulons le vœu, pour son plus grand bien, de s’identifier personnellement à cette grande Sainte afin qu’elle en adopte les vertus et la prenne pour modèle !

Quant à nous tous, n’oublions pas que l’identité nationale est le ciment de cette famille que constitue chaque pays dans son histoire, dans son présent et pour son avenir. Cette identité, riche de symboles qui ont parsemé la vie de notre belle France depuis la nuit des temps, ne peut être un frein à considérer ceux qui la sollicitent loyalement pour une réelle et durable intégration. En revanche, il nous appartient de ne pas perdre de vue que cet accueil doit s’adapter aux capacités et exigences de notre pays dans tous les domaines, afin qu’il ne perde pas son intégrité. C’est ainsi qu’il convient de résoudre en priorité les problèmes concernant nos propres ressortissants sans, pour autant, se démunir de l’esprit de charité. Si nous voulons que ces Français le deviennent sans restriction ou le restent en respectant notre culture et notre patrimoine, donnons-leur l’exemple du respect de notre identité et de nos symboles.

Soyons alors, ensemble, des bâtisseurs d’une France d’aujourd’hui pour tous ceux qui la respectent, l’aiment et l’honorent, avec ses inébranlables valeurs, sa culture et son patrimoine, qui grandiront encore la France de demain…

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