Les ambassades d’un diplomate lucide

En trois livres, Martin à Moscou (en 42) Martin en Afrique,( en 52) et Martin en Israël,en 67, Françis Huré raconte ses séjours, ce qu’il a vu et appris. Pourquoi Martin ? c’est le nom du personnage de Candide qui demande :”Croyez vous que les éperviers aient toujours mangé des pigeons quand ils en ont trouvé? -Oui sans doute ,dit Candide .Et bien, dit Martin, si les éperviers ont toujours eu le même caractère, pourquoi voulez vous que les hommes aient changé le leur.”

A Moscou il est contraint de converser avec nos alliés les staliniens alors qu’il sait ce qui se passe à Moscou.En Afrique il suit une mission de l’ONU venue inspecter les colonies françaises, exactement comme on a inspecté Saddam Hussein. Le rapport rédigé à Washington par les “Tartarins de paperasse” et non par ceux qui sont venus résonne des symboles magiques Progrès et Prospérité, Délivrance et Démocratie. Il met en branle le  mouvement de libération du pays. Les USA et l’URSS sont contents, l’Europe va perdre ses colonies…Quand au récit du séjour en Israël il annonce tous les drames actuels du pays.

“Ce tableau des aberrations de l’univers “est peint avec humour et détachement et dans une très belle langue. Il est consolant.

Editions de Fallois

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Une réponse à Les ambassades d’un diplomate lucide

  1. Ce fut une des émissions les plus passionnantes qu’il me fut donné d’écouter, un dialogue où chacun s’enrichissait progressivement, non seulement Anne et son intervenant, mais aussi, chacun des auditeurs.
    Ce diplomate dans l’âme sut exprimer à petites touches une leçon de vie de haute morale, quasi stoïcienne, c’est-à-dire de retenue et de lucidité. Désabusé pourraient penser certains ? Oui, mais à condition d’en préciser le sens : désabusé, comme protégé des abus, spécifiquement ceux de l’activisme des naïfs péremptoires, sortes de pantins pseudo-prométhéens, oscillant entre les brûlures icariennes et les noyades narcissiques.
    J’ai particulièrement apprécié son approche du monde juif, pleine de subtilité et d’interrogations, nourrie des citations des grands hommes qui ont guidé Israël dans les temps contemporains, peuple élu dont chacune des individualités peut se croire dirigé vers un destin messianique, jusqu’à ce que le monde, dans sa pesanteur, l’oblige à rester sur la terre dont nous sommes issus et où nous retournerons.
    Je ne peux m’empêcher, à cette occasion, de repenser à ce très beau message d’amitié entre Laurent et Justin, les héros de La Chronique des Pasquier, de Georges Duhamel, lorsque Justin découvre enfin qu’il ne peut être le Messie, ce qui nourrit sa sensibilité exacerbée. Bien sûr, cela n’est qu’une approche parmi d’autres, destinée à réfléchir, sans crainte d’éventuellement déplaire, mais sans volonté aucune de blesser quiconque (pour reprendre la belle formule de ce diplomate).
    Une émission adamantine, dont les feux irradiaient à chaque phrase nouvelle.

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