Sur les écrans Orwell, 2+2 = 5

J’ai foncé voir Orwell, 2+2=5 . Entre 1943 et 1949, Georges Orwell,  tuberculeux , retiré dans une île perdue d’Ecosse,  écrit un roman qui annonce tous les mensonges du 20 ème et 21 ième siècle. Je n’ai pas suivi ma devise normande: Méfies toi de ne pas te méfier assez !

Le réalisateur du film , Raoul Peck  , est un haïtien dont la famille a fui Haïti pour le Congo de Lumumba. Il a vécu en Allemagne puis en Amérique , a écrit un certain nombre de films  très engagés sur les horreurs du suprémacisme blanc et  de la colonisation. Dans ses films, sans faire de jeux de mots, aucune place pour une vérité , des nuances, non tous les noirs sont blancs et tous les blancs sont noirs….Il a fait un film sur le jeune Marx , sur un photographe de l’apartheid . Et il s’empare de la vie d’Orwell pour continuer à diffuser sa pravda. On découvre le socialisme de l’écrivain, petit anglais de la classe moyenne conscient de la misère des prolétaires , qui, à Eton ,  est confronté à la morgue des étudiants riches. Morgue qu’ il avait déjà ressenti en Inde où il est né.Puis en Birmanie en servant dans la police impériale des Indes.  Certains britanniques comme certains américains sont des maîtres dans l’art de mépriser le reste du monde. ll va prendre parti contre l’impérialisme anglais et les pays totalitaires, il s’engage dans la guerre d’Espagne du côté des rouges. Mais les communistes vont décimer les anarchistes du Poum  parmi lesquels il comptait des amis. Il commence à comprendre….Ce  film décrit les dernières années  de l’écrivain pendant lesquelles il rédige 1984. Il en donne des extraits en voix off. Il évoque aussi un autre roman, La ferme des animaux. Entendre Orwell est un bonheur. Mais ce bonheur est gâché  par les videos des évènements contemporains censées illustrer le livre. Raoul Peck, fort de ses certitudes choisit des  événements ou des chefs de gouvernements prouvant tous, selon lui, le vraie danger actuel, les méchants  fascistes, Poutine , Trump,  Hitler, Franco, Javier Milei,  et les vilains milliardaires capitalistes, Berlusconi, Bezos, Bolloré, Zuckerberg  etc etc. N’en jetez plus, la cour est pleine. Cette accumulation d’exemples d’une minute chacun indispose assez vite l’esprit . Comme dit un spectateur : » Pas très sérieux comme historien, peut être efficace comme militant engagé. » Ce qui est inouï c’est que  Raoul Peck est la preuve vivante des affirmations d’Orwell:  » Le concept même de vérité objective est en train de disparaître.   Notre civilisation est décadente , la langue le sera aussi. » Le film est tout de même à voir , c’est une satisfaction assez désespérée mais une satisfaction tout de même de suivre l’enseignement de ce penseur de haut vol qui avait  compris le monde comme il ne va pas  Son invention de la novlangue, sa critique de l’ utilisation des mots ,démocratie, liberté,  justice. Son ironie « La guerre c’est la paix » et » Nous sommes tous égaux mais certains sont plus égaux que d’autres.  » Cette lucidité au lazer fait du bien même si elle ne nous empêche pas de pleurer   ceux qui meurent sous les bombes. Non, vraiment, la guerre ce n’est pas la paix ! Et 2 et 2 font 4. Pitié pour le réel.

Anne Brassie

PS  Il me vient un doute, je vous le soumets : et si cette accumulation d’images était faite pour prouver que l’on mélange tout pour  que l’ on n’y voit plus clair . Raoul Peck a vieilli, il a 72 ans. Peut être a t il vraiment compris Georges Orwell ?

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