Sur les écrans un grand film, Silence

silence« Allez donc auprès des gens de toutes les nations et faites d’eux mes disciples ; baptisez-les au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit ” S’inspirant du roman du romancier catholique,  japonais, Shuzaku Endo, Martin Scorsese nous offre un très grand film sur le sens de la mission.

Le thème en est le martyre des chrétiens, villageois japonais et jésuites portugais qui , malgré les persécutions, continuent à prier Dieu et la Vierge. C’est aussi le portrait de ceux qui apostasient, pour diverses raisons, dont la plus importante est  d’éviter la mort à ceux qui les entourent. Un personnage étonne, celui du traître qui apostasie plusieurs fois ,dénonce les prêtres et à chaque fois, implore la confession qu ‘il obtient car il n’y a pas de péché que Dieu ,dans son infinie miséricorde , ne pardonne.

Avec des images admirables, le cinéaste répond à ses propres questions et à celles que l’on oppose aux chrétiens, le christianisme n’aurait rien à faire au Japon,  Dieu reste silencieux, tout est inventé, et enfin ces prêtres sont fragiles puisque ils apostasient. Les réponses du cinéaste sont magistrales, silence ne signifie pas absence, et c’est un puissant témoignage de foi.

Mais ce n’est pas uniquement un film historique. Il reste des catholiques au Japon bien que la grande ville catholique Nagasaki eut été bombardée. Combien d’entre nous apostasient tranquillement en obéissant aux lois d’un état laïque en contradiction totale avec l’Evangile ? Et quelles sont les pays qui, comme les japonais au 18 ème et 19 ème siècle, fouillent les bagages des voyageurs et des commerçants pour interdire l’entrée , chez eux, d’objets de culte chrétien?

Les scènes de torture sont dures mais restent visibles avec des adolescents.

 

Nous ajoutons l’article de Marie Noêlle Tranchant, critique cinématographique du Figaro dont la belle analyse de ce film nous semble importante et répondre aux uns et aux autres.

“Silence” de Scorsese

Il y a déjà près d’un siècle que François Xavier est venu annoncer l’Évangile au Japon (en 1542), lorsque se déroulent les événements qui forment la trame de ­Silence. Les missionnaires jésuites, d’abord bien accueillis, ont suscité de nombreuses conversions, tant parmi les seigneurs que dans la population paysanne. Mais les bouleversements économiques et politiques ont amené la fermeture du pays aux étrangers.
L’expulsion des missionnaires, en 1587, est suivie du martyre des Japonais chrétiens (les crucifixions de Nagasaki, 1797). Ceux qui ne succombent pas ou ne renient pas leur foi (apostasie) deviendront des “chrétiens cachés”. Et les suspects doivent abjurer régulièrement leur foi en piétinant l’image du Christ.

La question de l’apostasie est au cœur de l’histoire de Silence, à travers les personnages du jésuite Rodrigues et du Japonais Kichijiro. La foi personnelle peut-elle subsister après un reniement forcé sous la torture ?
Le père Guilhem Causse, jésuite, éclaire la vision profonde et complexe de Scorsese.
“Au moment de marcher sur l’image, Rodrigues perd pied, s’effondre : comme Pierre marchant sur les eaux. “Homme de peu de foi”, dit Jésus. Trop peu de foi dans le don de Dieu, trop de foi en sa propre force, jusqu’à l’effondrement et la main de Jésus qui vient le saisir. C’est la foi comme un don, plus fort que la foi en sa propre force. Le chant du coq alors retentit : c’est bien à Pierre que Rodrigues est identifié.
Dans le film, l’apostasie de Kichijiro et de Rodrigues est le moment où la foi est accueillie. La foi n’est pas un socle qu’on garderait intact au fond de soi : elle est un don, elle est Dieu qui se donne lui-même, sa présence. Mais le film présente aussi la figure de chrétiens qui vivent cette foi comme une force et une voix qui les fait tenir jusqu’au supplice. Les uns comme les autres ont en commun, selon l’espérance chrétienne, d’avoir donné priorité à la volonté de Dieu sur leur volonté propre, sachant que la volonté de Dieu est que tous les hommes vivent de son amour et que le mal dans le monde soit vaincu.”

Cette universalité de l’Évangile est un autre thème de Silence, qui a des résonances très actuelles. Y aurait-il des civilisations, des cultures, incompatibles avec le message du Christ, comme le prétend Inoué, shogun et grand inquisiteur, pour qui le christianisme est foncièrement étranger à la nature japonaise.
Selon le père Guilhem Causse, l’écrivain Endo critique l’aspect européen d’un Dieu qui juge et sanctionne.
“Pour la culture japonaise, Dieu est d’abord entrailles miséricordieuses. Ces deux aspects, de justice et de miséricorde, sont présents dans la Bible et la tradition chrétienne : la civilisation japonaise est ainsi non seulement compatible avec le christianisme, mais elle vient rappeler aux Européens une dimension qu’ils risquent d’oublier.
Le film de Scorsese est davantage attentif à une autre question : qu’est-ce que la foi ? Qu’est-ce que nous dit de la foi, le fait que l’Église – la communauté de ceux qui mettent leur foi en Christ – soit fondée sur Pierre, qui a renié le Christ par trois fois ? Il y a là une question qui ne peut laisser aucun chrétien indifférent, qu’il soit japonais ou français.”
Paru dans Le Figaro, 8 février 2017

Ce contenu a été publié dans Sur les écrans. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Une réponse à Sur les écrans un grand film, Silence

  1. Ping : Le blog d’Anne Brassié:Sur les écrans un grand film, Silence-Scorcèse est le réalisateur de « La dernière tentation du Christ  d’après le roman blasphématoire-et médiocre-de Kazantzakis,celui d’Endo étant un chef-d’ouvre semblable à « La puissance et la gloire  de Graham Greene:la messe est dite et Scocèse un voyou | «actualitserlande

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *