Une très belle résistance

Trouvé sur le site du Rouge et le Noir ce texte d’un ami, Julien Langella:

“Nous sommes nombreux à avoir visionné cette vidéo d’une manifestation de féministes et de lesbiennes pro-avortement, qui ont attaqué, le 24 novembre dernier, un cordon imperturbable de jeunes catholiques protégeant la cathédrale San Juan, à Cuyo en Argentine. Les manifestants appelaient à « brûler la cathédrale en chantant au rythme de la samba ».

Au coude à coude, les yeux fermés ou rivés vers le ciel, recevant crachats, insultes et jets de bombes de peinture, les catholiques ne tremblent pas. Ne parvenant pas à atteindre la cathédrale, les harpies se consolent en se caressant devant la première ligne de fidèles, en hurlant comme des animaux et en dansant à demi-nues autour d’un « feu de joie »…

« Le diable se déchaîne ! » C’est la première pensée qui nous vient à l’esprit. Et puis la détermination calme des défenseurs de San Juan vient nous réchauffer le cœur. Ils prient certainement pour l’âme de leurs agresseurs. Ils ne cèdent pas à la tentation de renvoyer les coups. La plus grande tentation à laquelle ils sont soumis, ce n’est pas celle du sexe, agitée par les manifestantes. C’est de succomber à la haine. Voilà le plus efficace poison du démon, maître du chaos.

Le démon veut leur faire oublier l’enseignement de Notre Seigneur : « Heureux êtes-vous si l’on vous insulte, si l’on vous persécute et si l’on vous calomnie de toutes manière à cause de moi. […] votre récompense sera grande dans les cieux : c’est bien ainsi qu’on a persécuté les prophètes, vos devanciers. » (Mt 5,11) Ces jeunes prennent au sérieux la parole d’un Dieu qu’on dit « mort pour le salut du monde » il y a deux mille ans. Ils doivent sûrement être un peu cinglés…

La pire des tentations à laquelle ils sont soumis, c’est d’oublier qu’ils sont le « sel de la terre » et la « lumière du monde ». C’est-à-dire des exemples à suivre, un modèle d’hommes. Non des cendres de traditions perdues, mais des flammes vivantes de la Tradition éternelle.

Ils sont comme les moines européens après la chute de l’Empire d’Occident en 476. Ces derniers furent les premiers ingénieurs ruraux – l’épopée des moines défricheurs –, les piliers du plus solide réseau de mise en relation des peuples européens – par le biais des pélerinages –, gardiens des trésors de la pensée greco-latine, comme au Mont Saint-Michel.

Mais aussi, parrains bienveillants des corporations de métier, formées par les artisans regroupés autour des monastères fortifiés, asiles de paix dans les temps de trouble suivant la chute de Rome. Ces confréries étaient l’armature de l’édifice social d’Ancien régime, elles durèrent plus de mille cinq cent ans, jusqu’à leur assassinat par la Loi Isaac-Le Chapelier en 1791.

Leur héritage est immense, les moines furent les pilotis de la civilisation européenne.
ous ne voyez pas le rapport avec les jeunes catholiques de San Juan ? C’est pourtant évident : on ne fonde pas une Chrétienté à coups de décrets ou d’exhortations nostalgiques, dans l’entre-soi mondain des rallyes. On fonde une Chrétienté… avec des chrétiens. Or l’attitude des jeunes de San Juan est emblématique de l’impression formidable que peut provoquer sur les âmes une force pacifique mais déterminée.

Être à la fois forts et doux, résistant à l’ennemi et priant pour lui : c’est incompréhensible pour notre époque. Et pourtant, c’est cette attitude qui est semence de civilisation. Car on ne fonde pas un édifice durable sur la vendetta, mais sur la paix. Or, le pardon en est le terreau universel. C’est ainsi que l’Eglise et les moines ont fait l’Europe, en limitant au maximum les guerres privées qui déchiraient les royaumes à naître.

Et c’est ainsi que, demain, nous referons à la fois la Chrétienté, par ce modèle d’hommes alliant une intransigeance totale sur les valeurs (« la fidélité à Dieu n’est pas négociable », nous dit le pape François) à une foi inexpugnable en la rédemption personnelle ; et puis l’Europe, fruit naturel d’une paix établie en vue d’un avenir commun, placé sous le signe des promesses de notre baptême, et non de la paix hypocrite des marchands.

Honneur aux défenseurs de San Juan !

Julien Langella

 

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