Retour au réel de la Passion

Il semble bien que Lucifer soit à l’œuvre dans nos rangs. Romeo Castellucci a réussi à nous diviser à l’aide de sa pièce sur le visage du Christ. Précisément, nous subissons les effets de cette pièce en nous envoyant toutes sortes d’insultes au visage…comme Castellucci envoie des déjections sur celui du Christ. Le sujet de nos discordes devient celui  de déterminer si oui ou non la merde a sa place dans une représentation de la Passion… Les mots manquent pour qualifier ce délire…

A ceux qui se posent cette question je dirais d’abord que quelque soit leur intuition il est impératif, vu les circonstances, que nous restions solidaires derrière ceux qui agissent. Si vous n’êtes pas convaincu par telle forme d’action ou telle analyse alors  « lavons notre linge en famille », si non, … silence…Silence ! Il est interdit devant l’ennemi de mouiller les cartouches de ses alliés!

Par ailleurs, il est clair que la merde ne peut faire partie de la Passion, bien que nous l’ayons appréciée à sa juste valeur dans le dernier article de « retour au réel ». La merde est terriblement terrestre, elle est le pire et le meilleur de la vie, symbole de la vie terrestre. Sans elle, la vie ne serait pas plus belle sur Terre, sans elle, la vie sur Terre serait  impossible. Elle est  la matière dans sa forme la plus dégradée mais elle est indispensable. Les Hommes ne sont-ils pas faits d’humus et ne redeviendront-ils pas humus… ?

Jésus est un homme qui a peur depuis des jours et des nuits, qui a souffert, qui a été humilié, enchainé pendant de très longues heures. Une telle  souffrance  laisse peu de place au besoin, à la possibilité ou à l’envie de manger. Il a bu, surement, mais n’a en aucun cas mangé. A la fin de son ascension du mont Golgotha Jésus est un homme vidé de toute matière digestive et personne de sensé ou de compatissant ne peut en douter. Le jeûne n’est il pas le moyen de se purifier, de suivre le chemin, le Christ?

D’autre part Jésus n’est pas un homme comme les autres : il est Dieu fait homme .Toute la passion  est un mouvement ascensionnel, le Christ va retrouver Dieu le  Père. L’humus dont il est fait en tant qu’homme se sublime dans la douleur et c’est de l’eau pure qui sort de sa plaie. L’eau du baptême tombe du ciel, nourrit l’humus, s’écoule et s’évapore pour s’élever à nouveau comme l’encens, symbole de notre quête spirituelle. L’eau obéit à un cycle comme l’année liturgique. L’eau est un trait d’union entre le ciel et la terre… à condition de lui laisser pénétrer le sol, à condition de ne pas recouvrir nos prairies de béton et nos esprit de laïcisme. Efforçons nous de rester perméables aux messages célestes surtout en cette période de l’Avent.

Nous ne pouvons pas nier l’attachement intrinsèque de nos existences à la terre, mais l’objet de notre culte est de transcender notre vie. De la même manière le véritable artiste transfigure la matière. Nous aspirons à ce que toutes nos fonctions vitales soient conduites par l’esprit. Nous savons tous que nous avons les pieds “dedans” et c’est pour cela que nous croyons au divin et à la Résurrection.

Stéphanie Prévot

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