Sur les écrans : Les rayons et les ombres

Ce film de Xavier Giannoli, si long, il dure plus de 3h, et si triste, est l’histoire de plusieurs tragédies, la première, l’invasion allemande, la seconde, la soumission aux occupants, c’est-à-dire au réel, à l’argent de l’ambassade d’Allemagne et à sa censure, c’est la loi de la guerre et enfin la tuberculose qui minait l’existence des deux héros, le journaliste collaborateur Jean Luchaire et sa fille Corinne, jeune comédienne en pleine gloire. A leurs côtés, parrain de Corinne, un petit professeur de dessin qui enseigne à Paris dans les années trente, il est allemand et s’appelle Otto Abetz. Il épousera une française, secrétaire de son ami Jean. J’évite d’habitude les films sur la collaboration. Trop de mensonges, trop de propagandes depuis 1945. Mais ce dernier film déplaît à une certaine gauche. Il fallait savoir pourquoi… Le titre du film, Les rayons et les ombres, est celui d’un recueil de Victor Hugo. Le poète réclamait des nuances. Les hommes ne sont pas tout blanc ou tout noir. Mais l’idéologie déteste la nuance, elle se complaît dans la caricature. Giannoli déclare dans ses entretiens médiatiques : « Je suis obsédé par la rigueur historique. » Cela tombe bien. Le sujet en manquait gravement. Jean Luchaire, interprété par le magnifique Jean Dujardin, n’a pas le profil du salaud parfait. Il aime la grande vie, les jolies femmes, offrir des fourrures à sa fille mais il aime aussi son pays et le voir être entraîné dans la seconde guerre mondiale le désespère. Il est de gauche et pacifiste. C’est l’histoire de Céline. On les comprend. Le Maréchal Pétain apparaît comme un recours, Giannoli le cite : « Vos enfants ne retourneront pas faire la guerre. » Un général français vient de déclarer, cette année « il va falloir que vous acceptiez d’envoyer vos fils à la guerre. » Cette phrase a provoqué un tollé. Otto Abetz et Luchaire refusent tout affrontement de leurs deux patries. Jean Luchaire dirigera deux journaux avant et pendant la guerre mais ce sont les financiers allemands des 41 qui écriront la musique. Les grands journaux actuels le savent très bien puisqu’ils reçoivent, eux-mêmes, aujourd’hui, des fonds américains. D’autres comparaisons s’imposent, les critiques soulignent avec horreur la débauche, l’on voit des officiers allemands et des officiels français complètement ivres manger du caviar et forniquer gaillardement avec des prostituées françaises. Quel horreur ! Mais ils ne violent pas d’enfants et ne mangent pas de bébés comme les grands du monde d’aujourd’hui…

Après l’exécution de Jean Luchaire fusillé pour collaboration, le 22 février 1946, cette phrase apparaît à l’écran : « Hitler est mort, les cloches sonnent. Les vainqueurs vont pouvoir écrire l’histoire… » Hitler est mort mais les traîtres à leur patrie sont toujours en grand nombre qui ont vendu notre souveraineté et nos belles industries outre atlantique. La tuberculose apparaît comme le symbole du mensonge. On guérit de cette maladie mais on n’en a pas fini avec les mensonges historiques. Merci Xavier Giannoli.

Anne Brassié

Ce contenu a été publié dans Sur les écrans, avec comme mot(s)-clé(s) , , , , , , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *