Église : la grande confusion

L’immonde propos de Mgr Aupetit sur Radio Notre Dame :

Tous les gens qui veulent faire à leur tête sous prétexte que – c’est eux qui nous ont plombé, hein – c’est à dire que le ministère de l’Intérieur le jour du Conseil d’État avait amené des vidéos qui montraient que dans certaines paroisses, et sans doute y compris à Paris, et si, à Paris, je le sais, de Paris, eh bien on communiait sur la langue parce que c’était comme ça qu’il fallait communier selon la Messe de toujours on voit que c’est des gens qui ne connaissent pas l’histoire parce que c’est au sixième siècle qu’on a commencé à communier sur la langue. Et puis ils n’avaient pas de masques etc. Alors ils nous ont dit mais voyez, vous n’êtes pas capables de tenir vos troupes. Alors maintenant va falloir être sérieux. En plus, des prêtres qui ont promis obéissance lors de leur ordination faudrait qu’ils s’en rappellent aussi. C’est à dire qu’il ne suffit pas de dire je promets obéissance à vous et à vos successeurs et puis faire n’importe quoi. Donc si vous voulez que l’on reprenne vraiment les messes le 1er décembre… Ceux qui font leur petit business dans leur coin empêchent tous leurs frères de pouvoir assister à la Messe.

La réponse de Jean-Pierre Maugendre, de Renaissance Catholique :

Monseigneur,

L’instant de la consternation passé vient celui de l’indignation et de l’analyse. Vous avez tenu hier sur radio Notre-Dame au micro de « Marie-Ange » des propos qu’il convient de rappeler pour l’histoire dénonçant : « les gens qui veulent en faire à leur tête », « communier sur la langue », les accusant de « faire n’importe quoi » et de poursuivre leur « petit business dans leur coin ». Il s’agirait de devenir « sérieux » et d’obéir.
Le code de droit canonique en vigueur prévoit en son canon 212 §3 que les laïcs : « ont le droit et même le devoir de donner aux Pasteurs sacrés leur opinion sur ce qui touche le bien de l’Église et de la faire connaître aux autres fidèles, restant sauve l’intégrité de la foi et des mœurs et la révérence due aux pasteurs et en tenant compte de l’utilité commune et de la dignité des personnes ». C’est fort de ce droit, qui est même un devoir, que je me permets de m’adresser à vous.

J’observe tout d’abord que, durant cet entretien radiophonique, vous n’avez pas eu une parole de compréhension, ni de compassion, pour les catholiques qui ont simplement demandé publiquement, après l’interdiction de tout culte public par le gouvernement, une chose, a priori, banale : pouvoir assister à la Messe ! Est-il incongru de penser que souhaiter assister à la Messe et y communier n’est pas un « business » mais, pour un catholique, une aspiration légitime, une nécessité vitale et même un devoir ? Vous écrasez ces catholiques de votre mépris donnant la pathétique impression que vous cherchez à reprendre en main votre compagnie après que votre colonel vous a vertement signifié que vous ne teniez pas vos troupes. Votre intervention, brutale, au lendemain d’un contact avec M. Darmanin ne peut apparaître comme le simple fruit du hasard. Reviennent à mon esprit les propos du pape François condamnant le cléricalisme qui « condamne, sépare, frustre, méprise le peuple de Dieu ». Je crains que vous ne soyez tombé dans cette attitude, justement dénoncée par le Saint-Père.

Au mépris du droit vous jetez l’anathème sur les catholiques qui souhaitent communier dans la bouche. En effet, l’instruction de la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements Redemptionis Sacramentum prévoit (n 92) « Tout fidèle a toujours le droit de recevoir, selon son choix, la sainte communion dans la bouche ». Ce que le père Rivoire confirmait dans un article récent : « Si un décret général prohibe, même ad tempus, la communion dans la bouche, il est invalide car, si l’évêque diocésain est le modérateur de toute la Liturgie dans son diocèse, par voie législative ou administrative, il ne peut agir contrairement à une loi supérieure (principe de la hiérarchie des normes, c. 135 § 2 du Code Droit Canonique). » (1) Aller contre ce droit c’est faire preuve d’un autoritarisme, dont on croyait que le concile Vatican II avait libéré l’Église.

Concernant le fait que la communion dans la bouche date du VIème siècle, c’est un fait qu’il serait cependant honnête de compléter par le rappel, sur lequel les historiens s’accordent, que le mode de réception de la communion dans la main n’avait, alors, rien à voir avec ce qu’il est aujourd’hui : « On recevait la sainte Eucharistie sur la paume de la main droite et les fidèles n’avaient pas le droit de toucher la sainte hostie avec leurs doigts, mais ils devaient s’incliner la tête vers la paume de la main et prendre le sacrement directement avec la bouche, donc, dans une position d’inclinaison profonde et non debout »(2). Notons, sous l’aspect purement sanitaire, qu’aucune preuve n’a été apportée que la communion directement sur la langue serait plus dangereuse que la communion dans la main. D’innombrables témoignages attestent, en revanche, que la pratique de la communion dans la main a été l’occasion de sacrilèges et de profanations notamment par la dispersion d’infimes parcelles eucharistiques sur des mains qui ne peuvent être ensuite purifiées, comme le sont, à l’autel, celles du prêtre.

Bien franchement vous donnez à de nombreux fidèles la pénible impression de n’être que, pardonnez-moi l’expression, « le petit télégraphiste » de M. Darmanin, dans une obéissance servile aux autorités politiques qui n’est, malheureusement, pas nouvelle. La tradition est ancienne. Ainsi, au moment des lois de séparation de l’Église et de l’État, Mgr Turinaz, évêque de Nancy, fustigeait : « les catholiques qui sont dominés et aveuglés par une double passion, la passion de la servitude envers l’État et la passion des concessions perpétuelles et universelles » (cité par Jean Sévillia in Quand les catholiques étaient hors la loi, p 213). Je vous confesse, bien simplement, ne pas avoir un respect quasi religieux pour les lois de la République. Ce sont les lois de la République qui ont programmé le génocide vendéen, confisqué les biens de l’Église, expulsé les religieux, et qui aujourd’hui légalisent 200 000 avortements par an, l’IMG jusqu’à la naissance, la distribution gratuite de pilules contraceptives aux mineures, etc. Sans doute pourrez-vous comprendre que tous ces faits créent une certaine distanciation avec la sacralité de la loi républicaine.

Enfin, après avoir été médecin des corps vous voici médecin des âmes. A vos enfants qui vous demandent du pain vous jetez des pierres et cela dans un contexte de désastre spirituel et matériel sans équivalent dans l’histoire de notre pays. Il est beaucoup question de ne pas désunir la communauté chrétienne. Louable intention ! Cependant cette recherche de l’unité ne peut se réaliser dans la soumission inconditionnelle aux autorités politiques. Elle doit se faire dans la charité qui est l’amour de Dieu. Ces divisions dans la relation au monde et aux autorités politiques ne sont pas nouvelles. N’est-ce pas saint Grégoire de Naziance qui, déjà, déclarait à propos des évêques de son temps : « Nous servons le siècle et les exigences de la foule. Nous laissons notre bateau aller au gré du vent du moment ».
Simple catholique du rang je n’ai d’autre prétention par ces quelques lignes que de vous signifier que votre propos m’a blessé. Je crains malheureusement ne pas avoir été le seul.

Veuillez agréer, excellence, l’expression de mes sentiments affligés, sereins et déterminés mais respectueux in Christo.
Jean-Pierre Maugendre
Délégué Général

PJ : Concernant la communion dans la main, je me permets de vous adresser le livre de Mgr Schneider : Corpus Christi la communion dans la main au cœur de la crise de l’Eglise
(1) Homme nouveau No 1707 du 14 mars 2020
(2) Mgr Schneider (in Christus Vincit, Contretemps, p 276)

 

La réponse d’une fidèle, requérante dans l’affaire qui a donné lieu à l’ordonnance du référé du Conseil d’Etat du 7 novembre 2020, chez l’Incorrect :

Monseigneur,

Suite à votre intervention sur radio Notre-Dame, c’est avec beaucoup d’émotion que je vous écris aujourd’hui.

Élevée dans une famille « moderne », née de parents divorcés, j’ai vécu une enfance dorée baignée dans le multiculturalisme et l’amour.

Je ne suis pas catholique de souche. Baptisée à un an, l’école privée m’a permis de faire ma première communion à l’âge raisonnable de huit ans, comme nombre de mes contemporains. En dehors de quelques rares occasions, je n’avais jamais assisté à la Messe. Je n’en ressentais pas le besoin. Jésus était amour, pourquoi aurait-il souhaité que je me réveille à l’aube plutôt que de profiter d’une grasse matinée ? Programme bien plus agréable après une soirée arrosée.

Ce repas auquel quelques prêtres osaient parfois m’inviter ne me tentait guère. L’amour je le partageais en famille et avec mes amis, quotidiennement et sans contrainte. Pourquoi ai-je donc changé ? Parce que l’Amour est exigeant. Cette exigence nous élève et nous transforme.

A 23 ans je rencontrais l’homme qui deviendrait mon mari. Il était ce que l’on peut appeler un « catholique traditionaliste », attaché à la forme extraordinaire de la Messe.  A l’époque, je ne connaissais rien de vos querelles de clochers. Pour moi les catholiques allaient à la Messe tous les dimanches, et tous communiaient dans la main comme on me l’avait appris. Il n’existait pas d’alternative. Je fus bouleversée de voir mon futur mari à genoux, la bouche ouverte, afin de recevoir la Sainte Communion. Cette position, à la fois fière et humble, me semblait étrangement incongrue et fascinante. A mon interrogation il répondit simplement : « Dans cette hostie se trouve réellement Dieu. Nous ne nous permettons pas de le toucher avec nos mains ». Je n’ai plus jamais communié dans la main depuis. Je suis toujours étonnée de voir combien cela choque. Bien plus que le fait qu’il est interdit, au commun des mortels, de toucher la reine d’Angleterre.

Monseigneur, j’étais jeune et j’étais en quête d’absolu. Vos messes dépourvus d’ornements, la communion dans la main, l’effacement de la dimension sacrificielle, l’oubli de l’importance du sacrement de réconciliation… tout cela ne me l’offrait pas. La manière de prier influe sur la manière de croire. Dieu est beauté, et il est bien plus grand que n’importe quel monarque terrestre. Il a donc le droit au plus somptueux décor et au plus grand respect. La communion sur la langue en fait partie. Comment osez-vous, Monseigneur, ne pas réfuter que communier sur la langue participerait à la propagation de l’épidémie ? Dieu porterait-il la mort, lui qui est la Vie ?

Évidemment, je ne demande pas au gouvernement de comprendre la transsubstantiation, mais à vous, notre pasteur, je vous demande d’en témoigner !

Vous nous traitez d’incultes, car nous sommes attachés à une tradition qui date « seulement » du VIème siècle ! Attachons-nous plutôt à la raison pour laquelle cette pratique a évolué à cette époque. Pourquoi vouloir à tout prix retourner à l’Eglise primitive ?  Ce n’est pas inutilement que Mère Thérèsa parlait de la communion dans la main comme « le grand malheur de notre monde actuel ». Saint Jean-Paul II assurait également ne pas être en faveur de cette pratique et ne pas la recommander. Faut-il rappeler que communier dans la main demande une autorisation spéciale ? Il s’agit donc bien d’une exception et ne devrait en aucun cas constituer une règle.

Monseigneur, je communie sur la langue et à genoux, car si Dieu se trouve réellement dans cette hostie, je n’imagine pas comment il pourrait en être autrement.

Je suis profondément peinée que vous puissiez qualifier notre attitude comme étant individualiste et égoïste. Non, nous ne faisons pas « les choses de notre côté ». Nous luttons pour rétablir le culte public dû à Notre Seigneur, c’est là son droit. Nous rendons à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui lui appartient. Les catholiques sont extrêmement obéissants. Ils respectent les lois et payent leurs impôts. Mais lorsque les mesures de la République sont contraires aux lois de Dieu, nous devons nous y opposer.

Aujourd’hui je n’ai pas entendu un pasteur, mais un médecin plein de morgue et de mépris pour cette frange traditionnelle. Vous parlez de mesures d’hygiène alors qu’il faudrait nous parler de notre âme.

Le gouvernement supprime la Messe et vous le remerciez pour ce dialogue constructif. Vous nous incitez à nous taire, sous la menace de ne pas avoir de messes à Noël. Vous insinuez qu’à cause de nous, qui osons encore communier sur la langue, arriérés que nous sommes, vous avez essuyé un refus du Premier ministre. Quand bien même cela serait vrai*, cela aurait peu d’importance. J’ai renoncé au confort d’une vie sans contrainte, parce que Dieu m’a offert l’absolu. On ne transige pas avec l’absolu pour plaire à un gouvernement qui réduit nos droits telle une peau de chagrin. Il ne nous respecte pas car nous avons honte de ce que nous sommes. Nous demandons du bout des lèvres et baisons leurs mains quand ils nous accordent ce qui nous revient de droit.

Aujourd’hui, face à tant d’incertitudes et de perte de repères, je suis fière d’être catholique. Je désire servir Dieu chaque jour de ma vie.

Monseigneur, puisque vous insinuez que nous portons la responsabilité de cette nouvelle interdiction, j’ose rappeler que ce sont les mêmes catholiques que vous insultez aujourd’hui qui vous ont permis de réintégrer les églises en mai. A l’époque vous aviez bien menacé d’aboyer, mais nous n’avons rien entendu… Je découvre maintenant vers qui se tourne votre rage et votre mépris. Fort heureusement, les chiens aboient mais la caravane passe…

Je vous prie d’agréer, Monseigneur, l’expression de ma respectueuse considération, et vous assure de nos prières,

Olympia De Poortere (requérante dans l’affaire qui a donné lieu à l’ordonnance du référé du Conseil d’Etat du 7 novembre 2020)

*Ce dont je doute, les vidéos citées, dans la réponse du ministre de l’intérieur au juge des référés du Conseil d’Etat, ne font nullement état de la communion dans la bouche.

 

Trouvé sur le blog d’Yves Daoudal

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