Certaines voulaient voir Vesoul, moi je voulais voir Tanger. Je suis donc allée Rue Malaga grâce au cinéma. Une octogénaire, la grande actrice de Pedro Almodovar, Carmen Maura est expulsée de l’ appartement dans lequel elle vit depuis 40 ans . Sa fille madrilène juste divorcée ne peut subvenir plus à ses besoins. L’appartement étant à son nom, elle le met en vente, place sa mère en ehpad et pense régler tous ses problèmes! Les critiques appellent ce film une comédie….On ne doit pas parler la même langue. C’est tout simplement déchirant. Maria Angeles était si heureuse dans son bel appartement, ses jolis meubles, son balcon, sa rue , et ses maraîchers marocains qui prennent soin d’elle. Elle ne veut pas quitter non plus les tombes des êtres chers qu’ elle a aimés. L’autre drame est celui de sa pauvre fille, seule dans la vie avec deux enfants qui pourrait revenir dans l’appartement familial et travailler à Tanger au lieu de déménager sa mère, à Madrid. La différence de nature entre la mère et la fille est flagrante, l’une toujours belle, les cheveux bouclés , les ongles vernis et le sourire aux lèvres, l’autre sinistre, les cheveux pendants et les vêtements informes.
Après un temps de soumission, Maria bloquera des quatre fers et la tragédie devient comédie en effet. A voir pour la ville de Tanger, pour la comédienne, pour la réaction assez saine de la réalisatrice , Maryam Touzani, on ne met pas ses vieux parents encore tout à fait vaillants en ehpad et on attend leur mort pour hériter. La scène où le directeur décline avec gourmandise toutes les activités des seniors est à hurler de rire…..
A signaler un passage douteux quand Maria visite sa sœur carmélite qui a fait vœu de silence et lui raconte par le menu une scène de bonheur sexuel, tout cela sous un crucifix. L’ombre de Pedro Almodovar, l’iconoclaste, plane sur la réalisatrice marocaine et l’actrice, c’est évident.
A voir pour Tanger et pour Maria la résistante . A l’heure actuelle ce n’est plus l’ephad le danger mais « la mort dans la dignité »
Anne Brassie
