Le faux géant et des Le Nain géniaux, par C. L.

Qui s’en souvient ? En 1994 à Paris, le musée de la Seita, voué à l’herbe à Nicot, ouvrait ses portes au défunt Jean-Michel Basquiat et tentait d’attiter le chaland avec cette alléchante affiche. Le tabac étant devenu res non gratum, et la Seita ayant été  privatisée en 1995, le musée ferma en 2000 et sa fabuleuse collection de 500 objets fut dispersée aux enchères mais, bien que mort en 1988, l’increvable Basquiat est de retour. Cette fois au Musée d’Art moderne à Paris (jusqu’au 30 janvier 2011) où, le vacarme médiatique aidant, se pressent force visiteurs illustres — dont Chirac. Il se murmure outre-Atlantique que la cote du « Radiant Child » — enfant (sic) rayonnant (resic) — d’abord exagérément gonflée, commence à chuter. Rien de tel qu’une grande exposition de cent cinquante « chefs d’œuvres », dans un prestigieux musée parisien, pour relancer la machine à fric.

Seuls les masos se rendront donc au Palais de Tokyo — ainsi qu’à Versailles  où sévit Murakami, autre gnome transformé en géant. En revanche, on recommandera sans modération une visite au musée Jacquemart-André. D’abord parce que l’on ne se lasse pas de revoir cet hôtel particulier, fleuron de l’architecture du Second Empire avec son harmonieuse rampe jardin, son superbe escalier à double révolution et les trésors, de peinture italienne surtout, accumulés par les propriétaires. Ensuite pour l’exposition Rubens, Poussin et les peintres du XVIIe siècle (1), vision inédite de deux grands mouvements artistiques apparus au XVIIe siècle et de leurs relations croisées : la peinture baroque flamande dont Rubens est le chef de file et l’école classique française, emmenée par Poussin, la seconde d’abord influencée par les Flamands finissant en à peine plus d’un demi-siècle par s’imposer aux maîtres, à leur tour convertis au classicisme.

Parmi la soixantaine de tableaux visibles, issus de grandes collections privées et de collections publiques européennes, on retiendra moins la « Diane au bain » si typique de Pierre-Paul Rubens — peintre favori de Marie de Médicis qui le fut venir à Paris — que son époustouflante « Apothéose de Germanicus », d’après un camée antique découvert en 1620 dans le trésor de la Sainte Chapelle. Une merveille pour tous les amateurs de trompe-l’œil. Remarquables aussi, des tableaux de Pourbus, ou van Thulden dont la confrontation de leurs tableaux avec des toiles des frères Le Nain prouve l’indéniable influence de l’école des Flamand dont les Le Nain se dégageront pourtant assez vite comme le prouve un tableau de 1650 des Le Nain, « Le Concert », si “français”.


Cependant qu’à l’inverse, le « Portrait de Cyprien Regnier » (1650 également) du Liégeois Gérard Douffet est d’une étonnante modernité, qui annonce Ingres ou Manet. De Douffet également, associé à Bertholet Flémal et au peintre de fleurs Gérard Goswin, un remarquable « Triple Portrait » où les trois artistes rivalisent de talent dans l’imitation d’un Charles Le Brun.  Représentant emblématique de l’art classique français, symbolisée pendant la seconde moitié du XVIIe siècle par Nicolas Poussin, Laurent de La Hyre ou Eustache Le Sueur.

Bref, une exposition qui reste la quintessence d’un certain art de vivre.

C. L.

Jusqu’au 24 janvier 2011 au musée Jacquemart-André, 158 bd Haussmann, 75008 Paris. Ts les jours de 10 à 18h (nocturne le lundi jusqu’à 21h30). Tél. 01 45 62 11 59.

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Une réponse à Le faux géant et des Le Nain géniaux, par C. L.

  1. Véronique Ducrest dit :

    Cette exposition mérite effectivement d’être vue pour les lieux qui sont un enchantement bien français et surtout pour les tableaux de Le Nain. Les tableaux de Poussin et Rubens m’ont paru moins intéressants. Il y a aussi des toiles dans l’hôtel particulier qui sont tout-à-fait remarquables.

    Merci pour votre “blog”.

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