Obéir ou pas, telle est la question !

 Une jeune congrégation d’origine italienne, Les Franciscains de l’Immaculée,

voyait s’accroître le nombre de vocations. Elle se distingue par une certaine

austérité et pauvreté evangélique.  Elle est aussi très attachée au rite

extraordinaire mais demeure bi ritualiste. C’était encore trop pour un petit nombre d’insurgés progressistes qui allèrent se plaindre à Rome, juste avant le départ de Benoît XVI. Un procès fut instruit et la sentence vient de tomber: Les supérieurs fondateurs ont été relevés de leurs fonctions et remplacés par un “commissaire apostolique ” Les supérieurs ont obéi.

Un curé du diocèse de Fréjus Toulon, au Pradet, le Père Horovitz, réfute très rationnellement cet acte d’obéissance ….Il me semble que ce refus d’obéir pourrait aussi convenir à d’autres situations   d’oppression dans la société civile actuelle.  Il n’en reste pas moins l’immense tristesse d’être obligé de débattre sur la nécessité ou non d’obéir à notre Sainte Mère l’Eglise. 

Père Horovitz : NON, OBÉIR N’EST PAS NÉCESSAIREMENT UN ACTE VERTUEUX

 

En réaction à l’article de notre correspondant auprès du Saint-Siège sur les Franciscains de l’Immaculée publié dans notre édition du 31 août, le père Olivier Horovitz, curé in solidum du Pradet, dans le diocèse de Fréjus-Toulon, nous a fait parvenir un commentaire sur cet événement qui pose la question de l’obéissance et, en corollaire, celle de l’autorité dans l’Église. 

Sans rien retirer au fond de la relation de votre correspondant, je voudrais toutefois relever un jugement qui me semble d’autant plus erroné et dangereux qu’il est hélas fréquent chez les catholiques. En conclusion de son article, votre correspondant écrit en effet : “Heureusement, tout en faisant preuve de cette admirable obéissance héritée de leurs saints patrons – comment ne pas penser aux injustices endurées par Padre Pio toute sa vie durant du fait de ses propres frères capucins ? –, les Franciscains de l’Immaculée semblent décider à ne pas renoncer à leurs droits.” 

Je ne partage pas l’avis que la voie de l’obéissance choisie par les Franciscains de l’Immaculée et en particulier par leur supérieur destitué, le père Manelli, soit “admirable”. Au contraire, et cela pour trois motifs principaux.

Tout d’abord parce que l’Église est une société parfaite. Ensuite parce que si les Franciscains ne renoncent pas à leurs droits individuels en demandant à pouvoir reprendre la célébration de la messe traditionnelle, le père Manelli, leur supérieur, a renoncé à son droit, voire à son devoir, de recourir contre la décision de la Congrégation pour les instituts de vie consacrée et a, de la sorte, entériné la déchéance de fait du motu proprio Summorum Pontificum : un événement qui a potentiellement des répercussions sur toute l’Église. Enfin, parce que la décision romaine semble injuste et disproportionnée, si ce n’est tout bonnement infondée.

 

L’Église, société parfaite 

 

Le 24 janvier 1960, Jean XXIII affirmait que : “La Sainte Église du Christ est une société parfaite, dans laquelle chacun de ceux qui la composent participe à tous les avantages, à toutes les richesses de son patrimoine sacré de doctrine et de grâce.” Même si l’expression est peu usitée depuis le concile, le cardinal Bertone l’employait encore dans les colonnes de L’Osservatore Romano le 24 novembre 2010. 

Elle signifie notamment que, dans l’Église, c’est le droit qui régit le rapport à l’autorité. Tout religieux ou tout chrétien a le droit de porter recours contre une décision émanant d’un dicastèrou d’un évêque, d’exprimer son désaccord et d’interroger l’autorité légitime.

Ce droit, pour tout fidèle, d’épuiser les procédures devient même un devoir pour une autorité supérieure comme l’est celle du père Manelli, le Padre Pio, lui n’engagez que sa personne! Tout supérieur de communauté se doit en effet de protéger ses membres, ce qui commence par se faire le défenseur des constitutions de sa communauté et de garantir ainsi le contexte favorable de chacun de ses membres. En ce sens, en acceptant unilatéralement le décret du Saint-Siège, le père Manelli me semble avoir commis un acte contraire à son devoir de protéger non seulement sa communauté en général mais aussi chacun de ses membres en particulier. En dépit de toute l’estime que j’ai pour lui, force m’est de constater que sa réaction a tout d’un acte d’obéissance aveugle et ne saurait à ce titre être jugée “admirable”. Ce qui eut été admirable c’eut été de s’élever contre le décret romain en recourant aux constitutions, et au droit de l’Eglise.

 

Il n’y a d’autorité que légitime

 

Bien sûr, j’entends déjà certains protester que ne pas obéir c’est désobéir voire que s’élever contre un décret de dicastère, c’est alimenter l’idée que Rome n’est plus dans Rome et affaiblir ainsi l’Église. Sauf que l’argument d’obéissance ne saurait être brandi en permanence sans soulever en contrepartie la question de la légitimité de l’autorité et de son devoir de gouverner.

Or, au vu des éléments à notre disposition, je suis tenté d’élever de sérieux doutes quant au bien-fondé du décret qui frappe le père Manelli et sa communauté : quelle est en effet la faute grave qui est reprochée au père Manelli et que le décret romain se garde bien de préciser ? Une faute si grave qu’elle justifie la destitution immédiate du père Manelli alors que le prochain chapitre général des Franciscains de l’Immaculée est prévu pour 2014 !? 

En l’absence d’éclaircissement romain sur ce sujet, il n’est pas illégitime de penser que c’est bel et bien l’adoption de la liturgie selon le forme extraordinaire par les Franciscains de l’Immaculée qui a été injustement condamnée. Le fait est particulièrement grave car il rend conditionnel le droit universel au missel de saint Pie V dont Benoît XVI avait rappelé qu’il n’avait jamais été abrogé.

Enfin, pour qu’une sanction soit légitime, il faut qu’elle soit proportionnée. Or, savez-vous que la destitution du supérieur général d’une communauté canoniquement établie est un fait rarissime, combien depuis le concile Vatican II ? 

 Qui se souvient, par exemple, que le scandaleux fondateur des Légionnaires du Christ, le père Maciel, n’a jamais été frappé d’aucune sanction canonique ??? Pourtant, dans un communiqué publié le le 19 mai 2006, le Saint-Siège indiquait que la Congrégation pour la doctrine de la Foi avait “décidé de renoncer à engager un procès canonique en raison du grand âge du père Maciel et de sa santé délicate” et se contentait de l’inviter “à conduire une existence retirée dans la prière et la pénitence, exempte de tout ministère public”…

 

Obéir à sa conscience pour obéir en conscience

 

Comme l’illustre cette triste affaire des Franciscains de l’Immaculée, l’obéissance à laquelle nous appelle le Christ n’est pas l’obéissance aveugle, elle ne porte pas sur le jugement, cette fausse obéissance qui, loin d’être une vertu, se révèle souvent peccamineuse.

L’obéissance au Christ et donc à son Eglise, est une obéissance de discernement, qui réclame toutes nos facultés et nous invite à sonder notre conscience éclairée, pour ne pas perdre de vue le salut de notre âme qui, comme le rappelle l’Église au dernier article du code de droit canonique, “doit toujours être la loi suprême”. 

 

Père Olivier Horovitz

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