Retour au réel Les hommes debout

 

Joli geste que celui de ces hommes protestant debout. Les turcs en ont lancé la mode.Il est à la portée de chacun d’entre nous. Lisez le dialogue entre un jeune homme et un policier devant le Palais de Justice , paru sur le Salon Beige ,le 28 juin. D’une grande classe. Du Corneille actualisé !

Extrait”Le 2° policier en civil vient alors vers moi et de lui-même, sans que je lui dise rien, il soulage sa conscience, ce qui donne pêle-mêle :

« vous savez, moi je suis d’accord avec vous. Et puis je ne suis pas entré dans ce métier pour arrêter les gens qui vont travailler, mais pour arrêter les méchants. Et puis si le bon Dieu a créé l’homme et la femme, ce n’est pas pour rien. Mais on ne peut rien dire. Nos syndicats ne nous représentent pas. Je me pose vraiment des questions à rester dans ce métier. Je ne sais pas quoi faire. Je me pose des questions. Vous savez on est nombreux à se poser des questions. Moi j’obéis aux ordres, je suis un exécutant. Mais j’obéirai aux ordres qui ne sont pas à l’évidence illégitimes (NB : c’est la première fois que j’entends un policier parler de légitimité, lo où ils ne parlent habituellement que de légalité)  et si on me demande de frapper des gens innocents dans la rue, je ne le ferai pas ! ».

Je lui parle en portant toujours le même discours « Monsieur, votre métier est beau et a du sens. La société vous a remis l’usage de la force pour assurer l’ordre contre le désordre. Vous avez le droit des protections et vous jouissez d’un privilège : le droit de réserve. C’est pour votre protection. En revanche, vous avez en contrepartie le devoir de conscience. Vous n’êtes ni une brute, ni un robot. Vous devez vous demander si ce qu’on vous fait faire n’est pas mal. Ne désespérez pas de tout : les choses ont un sens. La police a un sens, l’ordre a un sens, la justice a un sens. Il faut leur redonner son sens là où toutes ces notions sont à l’envers aujourd’hui».

« vous avez raison, vous avez raison. Je suis d’accord avec vous ».

 

“Quand dit-on qu’un homme a mis sa vie en ordre ? Il faut pour cela qu’il se soit mis d’accord avec elle et qu’il ait conformé sa conduite à ce qu’il croit vrai. L’insurgé qui, dans le désordre de sa passion, meurt pour une idée qu’il a faite sienne, est en réalité un homme d’ordre parce qu’il a ordonné toute sa conduite à un principe qui lui paraît évident. Mais on pourra jamais nous faire considérer comme un homme d’ordre ce privilégié qui fait ses trois repas par jour pendant toute une vie, qui a sa fortune en valeurs sûres, mais qui rentre chez lui quand il y a du bruit dans la rue. Il est seulement un homme de peur et d’épargne. Et si l’ordre français devait être celui de la prudence et de la sécheresse de cœur, nous serions tentés d’y voir le pire désordre, puisque, par indifférence, il autoriserait toutes les injustices.”

Albert Camus paru dans Combat 12 octobre 1944

 

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